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venue, comme il est arrivé si souvent dans notre histoire, comme il est arrivé en 1914 encore, — des confins de l’Europe centrale et de l’Europe orientale, apportait la nécessité de faire face au péril extérieur. Elle était bien loin des lieux où s’agitaient tant de partis, de convoitises et d’ambitions, où nos protestants se disposaient à proclamer leur « république des réformés », cette Bohême qui tentait de reconquérir son indépendance et se révoltait contre l’Empereur. Il fallut pourtant s’occuper d’elle. La politique étrangère s’imposait à la France, venait la saisir à un moment où les Français étaient beaucoup plus portés à se livrer à leurs disputes personnelles qu’à regarder de l’autre côté des frontières. L’affaire de la défénestration de Prague, qui ouvrit la guerre de Trente Ans, ressemble singulièrement, à cet égard et par les conséquences qu’elle a eues, à l’assassinat de Serajevo.

Les nationalistes tchèques d’alors, dont la tentative de libération se compliquait d’un mouvement religieux, avaient mis à leur tête l’Électeur Palatin et recevaient l’aide des princes réformés de l’Empire. Les affaires d’Allemagne se trouvaient engagées de nouveau et dans les mêmes conditions qu’au siècle précédent, au temps de la lutte contre Charles-Quint. Soulevés contre l’Empereur, les protestants allemands firent appel à leur allié naturel et traditionnel, le roi de France, protecteur des libertés germaniques. Le duc de Bouillon fut chargé de porter à Paris leur demande. Mais bien des choses avaient changé depuis la mort d’Henri IV. Dans les grands désordres qui l’avaient suivie, les principes directeurs de la politique française avaient été perdus de vue, un rapprochement, sanctionné par le mariage de Louis XIII, s’était fait avec l’Autriche. L’Empereur Ferdinand ne manqua pas de saisir une occasion si favorable. En même temps que les protestants envoyaient leurs délégués à la cour de France, il y dépêcha un ambassadeur, Furstenberg, chargé de plaider que la cause du Roi et la cause de l’Empereur étaient la même. Les arguments que développait Furstenberg étaient d’une modernité singulière. Le porte-parole de Ferdinand II représentait à Louis XIII et à Luynes qu’avec la révolte de l’Électeur Palatin il s’agissait d’une conjuration républicaine, que, de toutes les républiques, villes libres, aristocraties et démocraties protestantes, naissait