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À quoi le Habsbourg répondait que « s’il n’était de la vraie race et origine de la nation germanique » il n’aspirerait pas à l’Empire. Il promettait que, s’il était élu, la liberté germanique « tant en spirituel que temporel ne serait seulement conservée mais augmentée ». Au lieu que « si le roi de France était empereur, il voudrait tenir les Allemands en telle subjection comme il faisait les Français et les tailler à son plaisir ». Chose curieuse, de voir l’absolutisme, l’« ancien régime », servir d’argument à Charles-Quint contre François Ier comme à un candidat radical contre un candidat réactionnaire. Pour ajouter à la ressemblance, il y eut un désistement, celui de Frédéric de Saxe, dont les voix passèrent à Charles. Son élection ne lui en avait pas moins coûté cher un million de ducats, pour lesquels il dut s’endetter. Et, dans son drame d’Hernani, Victor Hugo, qui eut quelquefois de ces intuitions de l’histoire, a fait du roi d’Espagne le type du candidat éternel lorsqu’il a mis dans sa bouche les vers fameux : « Être Empereur, ô rage, ne pas l’être… », ou bien : « Il me manque trois voix, Ricardo, tout me manque », qui s’appliquent toujours avec le même succès aux ambitieux en mal d’élection.

Il est aisé de comprendre qu’avec la Réforme, les rivalités religieuses, la division de l’Allemagne en deux camps (le luthérien et le catholique), le coup de grâce ait été porté à l’unité et à la puissance de l’Allemagne. Suivant son principe bien établi (« tenir sous main les affaires d’Allemagne en la plus grande difficulté qu’on pourra », disait alors Marillac, le négociateur de confiance du roi Henri II), la monarchie française s’empressa de profiter de cette heureuse conjoncture. Elle était au plus âpre de sa lutte contre l’Empereur lorsqu’elle trouva des alliés dans la personne des princes protestants. D’eux-mêmes, ceux-ci s’étaient tournés vers le roi de France, avaient sollicité son appui contre l’Empereur, qui voulait, disaient-ils, — car tel était leur langage républicain, — « asservir à jamais la nation allemande ». Une si belle occasion ne fut pas perdue. Le traité de Chambord fut conclu sur le champ avec la ligue luthérienne. Ce traité portait pour titre, et ce titre était tout un programme, pro germaniæ patriæ libertate recuperanda, pour la restauration de la liberté germanique, liberté dont le roi de France devint dès lors le protecteur officiel. Des grands comme