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çais. Il fallut utiliser tous les défauts de la gigantesque cuirasse, pratiquer d’opportunes interventions dans les troubles, querelles et embarras de l’Allemagne. Il fallut se mêler activement à la politique intérieure allemande. C’est ainsi que s’est formée l’histoire d’une lutte incessante, étendue sur la série des siècles, mais où, les guerres d’extermination ne se concevant pas entre populations si nombreuses, c’étaient le calcul et l’intelligence qui devaient l’emporter. Des deux nations, celle qui aurait le meilleur cerveau gagnerait la partie.

Le génie éminemment réaliste des Capétiens, habile à se servir des événements, apte à s’instruire des expériences, ne s’était pas trompé sur la manière dont il convenait de traiter le problème allemand. La preuve que les Capétiens avaient vu juste, ce sont les résultats atteints, résultats prodigieux si l’on rapproche les points de départ, si l’on compare l’humble duché de France au puissant royaume d’Allemagne qui était comme le résidu de l’Empire carolingien… Que la monarchie française, dans les applications, ait commis quelques fautes, qu’elle n’ait pas été infaillible, nul n’en sera surpris. Ce qui frappe, c’est que jamais elle n’ait persévéré dans l’erreur et surtout qu’elle n’ait ni varié sur les principes, ni perdu de vue le but à atteindre. Les coups de barre maladroits ont été réparés à temps, la marche redressée au premier signe qu’on faisait fausse route. Nous trouverons deux moments, dans l’histoire diplomatique de l’ancien régime, où de lourdes erreurs ont failli tout gâter. C’est sous Louis XIII, à la bataille de la Montagne Blanche, et sous Louis XV, à la première guerre de Sept Ans. En définitive rien n’a été compromis, parce que le principe directeur, si on avait pu l’interpréter mal, n’avait jamais été méconnu.

C’était un bien petit seigneur que le roi de France des premières générations capétiennes en face du puissant Empereur romain de nation germanique, héritier de Charlemagne, successeur des Césars, « moitié de Dieu », et qui prétendait à la suzeraineté de tout le monde chrétien. Il y eut un siècle où cette prétention faillit devenir une réalité, où l’on crut que le Saint-Empire dominerait la chrétienté tout entière. Jusqu’alors la