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la psychologie de la race allemande

La conception de la conduite de la vie est exactement la même chez eux qu’au temps des Germains de Tacite. Elle se résume en ces mots : carnage, pillage, goinfrerie, ivresse.

Tacite nous a renseignés sur les habitudes d’ivrognerie des Germains :

Boire des journées et des nuits entières, écrit-il, n’est une honte pour personne. Leur boisson est une liqueur d’orge ou de froment à laquelle la fermentation donne les effets du vin.

L’histoire des anciens dieux allemands n’est qu’une série interminable de carnages, de trahisons, de soûleries et de gloutonneries.

Le plus ancien des personnages historiques cités dans les Eddas et Sagas est Ermenrich, roi des Ostrogoths, qui vivait au ive siècle. Au cours de ses accès d’ivresse, il fait déchirer sa fiancée, Swanilda, par les dents de chevaux sauvages ; il écrase sous des pierres les frères de la victime et extermine un grand nombre de ceux qui l’approchent.

Ses fureurs alcooliques lui ont valu une gloire impérissable dans l’admiration de toute la race gothe.

Les épopées germaniques ne relatent que des récits de sang, de pillage, d’orgies où la violence sans frein s’associe à une cupidité insatiable.

Un poème dramatique, « Le Festin d’Agyr », nous fait assister à la vie familière des dieux. C’est Agyr qui leur prépare l’hydromel dont ils usent à l’excès, et l’ivresse, après de longues disputes et d’interminables propos d’ivrognes, les amène à rouler sous la table.

Les scènes bachiques continueront à se dérouler pendant tout le moyen âge. La légende de Gambrinus, inventeur de la bière, sera l’inspiratrice des artistes et tous déifieront l’ivresse de la bière.

Qui ne sait ferme et sec lamper à tous moments
Jamais ne passera pour un bon Allemand,


lit-on sur une vignette de Josse Aminann, datée de 1588.

Le 19 mai 1539, Luther, dans un sermon véhément, s’élève contre l’habitude brutale, de l’ivresse digne de pourceaux, à laquelle s’adonnent les Allemands, se rendant la fable de toutes les nations. Mais les détails les plus circonstanciés sur le rituel de l’ivrognerie nous sont fournis par le maréchal de Grammont.

Dans un souper, chez l’électeur de Bavière, en 1646 :

On y but tant de santés que tous les convives et le maître des cérémonies restèrent sous la table ivres-morts.

C’est la mode et la galanterie d’Allemagne qu’il faut prendre en bonne part quand on est avec des Allemands et qu’on a à traiter avec eux.


Dans un autre festin, en 1658, chez le comte Egon de Furstemberg, où se trouvèrent les électeurs de Mayence et de Cologne, on but bien deux ou trois mille santés ; puis, la table fut étayée, tous les électeurs dansèrent dessus ; tous les convives s’enivrèrent.