Ouvrir le menu principal

Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/51

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Ma mère, en illustre personne,
Dédaigna robins et traitants ;
De l’Opéra sortit baronne,
Et se fit comtesse à trente ans.
Marquise enfin des plus sévères,
Elle nargua les sots propos.
Auprès de mes chastes grands’mères
Que son âme soit en repos !

                    Seuls arbitres
                Du sceau des titres,
Chartriers, rendez-moi l’honneur :
Je suis bâtard d’un grand seigneur.

Mon père, que sans flatterie
Je cite avant tous ses aïeux,
Était chevalier d’industrie,
Sans en être moins glorieux.
Comme il avait pour plaire aux dames
De vieux cordons et l’air dispos,
Il vécut aux dépens des femmes :
Que son âme soit en repos !

                    Seuls arbitres
                Du sceau des titres,
Chartriers, rendez-moi l’honneur :
Je suis bâtard d’un grand seigneur.

Endetté de plus d’une somme,
Et dans un donjon retiré,
Mon aïeul, en bon gentilhomme,
S’enivrait avec son curé.