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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/185

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Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Puisqu’à rimer sans remords tu t’amuses,
De la patrie écoute un peu la voix :
Elle est, crois-moi, la première des Muses ;
Mais rarement elle inspire les rois.
Du frêle arbuste où bout sa noble sève,
La moindre fleur parfume au loin les airs.
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire,
Quand ses lauriers, de ta foudre encor chauds,
Vont à prix d’or te cacher à l’histoire,
Ou balayer la fange des cachots.
Mais, à ton nom, Clio, qui se soulève,
Sur ton cercueil viendra peser nos fers.
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Que du mépris la haine au moins me sauve !
Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger.
Le fer pesant tombe sur mon front chauve ;
J’entends ces mots : Denys sait se venger.
Me voilà mort ; et poursuivant mon rêve,
La coupe en main, je répète aux enfers :
Ô vieux Denys ! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers.