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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/168

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LA CANTHARIDE


OU


LE PHILTRE


Air des Comédiens (Air noté )


Meurs, il le faut ; meurs, ô toi qui recèles
Des dons puissants, à la volupté chers !
Rends à l’Amour tous les feux que tes ailes
Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

« Clara, » m’a dit cette femme si vieille
Qui chaque jour pleure encor son printemps,
« Quoi ! Votre joue est déjà moins vermeille !
Vous languissez, et n’avez que vingt ans !

« Un père altier, que seul l’intérêt touche,
« Vous a jetée au lit d’un vieil époux.
« L’espoir en vain sourit sur votre bouche ;
« L’hymen l’effleure, et s’endort près de vous.

« À votre abord naît la froide risée.
« L’Amour se dit : On m’a fait un larcin ;
« Mais cette terre a des nuits sans rosée,
« Et d’aucun fruit ne parera son sein.