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EXPLICATIONS HÉRALDIQUES
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une exception à la règle. Ainsi, par exemple, pas de croix d’azur sur fond de gueules, pas de croix d’argent sur fond d'or, mais on pourra mettre : d’azur au cœur d’or enflammé de gueules, les flammes n’étant ici qu'un accessoire.

Le fond ou le champ c’est la surface de l’écu sur laquelle sont posés ou représentés les différents symboles qui constituent l’écusson. En blasonnant l’usage est de nommer d’abord le champ. L’écu héraldique étant censé un bouclier porté sur la poitrine, la dextre (la droite) est la partie que voit à gauche celui qui la regarde (ici celui qui blasonne), et la sénestre (gauche), celle qu’il voit à droite.

La croix héraldique va d’un bout à l’autre de l'écu. La croix haute, la croix latine, la croix de calvaire ont les bras plus courts que la tige, et ne touchent pas les bords de l’écu. Toutes les autres croix ont les branches égales à moins d’indications contraires, je donne ce détail à cause de la fréquence et de la variété des croix dans les armoiries prélatices.

Sous Napoléon Ier, les archevêques et les évêques avaient dans leurs armoiries, en tant que comtes, barons et sénateurs de l’Empire : les comtes-archevêques, un franc-quartier à dextre : d’azur à la croix pattée d'or ; les barons-évêques, un franc-quartier à sénestre : de gueules à la croix alaisée d'or ; les comtes-sénateurs : un franc-quartier à sénestre : d'azur au miroir d'or en pal auprès duquel se tortille et se mire un serpent d'argent. Ces francs-quartiers sont appelés francs-cantons s’ils sont de dimension réduite.

Nous ne pouvons expliquer, même sommairement, car cela nous entraînerait trop loin, les pièces et meubles héraldiques même usuels tels que chevrons, fasces, sautoirs, chefs, bandes, etc.; ni, comme nous l’avons dit, les emblèmes, figures ou attributs tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament ou de sujets religieux, comme le Sacré Cœur de Jésus, le livre des Evangiles, la colombe de l’Arche, etc. Toutefois, disons que le Chrismon appelé aussi Chrisme ou Chrisma, ou encore monogramme constantinien, c’est l’X et le F grecs enlacés, premières lettres de Christ ; nous ajouterons complet quand l'alpha et l'oméga accompagnent. Le monogramme de Jésus-Sauveur, ou simplement de Jésus pour plusieurs, moins fréquent que le précédent, c’est le I H S avec croix sur l’H, le monogramme de la Vierge ce sont les initiales M A entrelacées. L’agneau pascal, tout le monde le connaît : il est d’argent, sa tête est souvent entourée d’un nimbe crucifère. « Il tient la croix hastée ou l’étendard triomphal orné de la croix de résurrection »[1] laquelle croix est généralement de gueules ; l’étendard est blanc ou argent, et la hampe, généralement d’or. L'agnus occisus, ou agneau immolé, est une figure tirée de l’Apocalypse ; nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de citer à son sujet et à celui de l'agneau triomphant ou triomphateur, car on les rencontre dans les armoiries ecclésiastiques, ce passage du P. Cahier dans sa Caractéristique des saints : « Jamais on ne retrouverait dans les représentations ecclésiastiques du moyen âge, cette espèce de mouton égorgé qu’on

  1. Eléments d'Iconographie chrétienne, par Cloquet, p. 55.