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Presque aussitôt miss Bingley se dirigea vers Elizabeth, et, d’un air de politesse dédaigneuse, l’accosta ainsi.

— Il paraît, miss Elizabeth, que George Wickham a fait, votre conquête ? Votre sœur vient de me poser sur lui toutes sortes de questions et j’ai constaté que ce jeune homme avait négligé de vous dire, entre autres choses intéressantes, qu’il était le fils du vieux Wickham, l’intendant de feu Mr. Darcy. Permettez-moi de vous donner un conseil amical : ne recevez pas comme parole d’Évangile tout ce qu’il vous racontera. Il est faux que Mr. Darcy ait fait tort à Wickham : il l’a toujours traité avec une grande générosité, alors que Wickham, au contraire, s’est conduit fort mal envers lui. J’ignore les détails de cette affaire, mais je puis vous affirmer que Mr. Darcy n’a rien à se reprocher, qu’il ne veut plus entendre parler de Wickham, et que mon frère, n’ayant pu se dispenser d’inviter ce dernier avec les autres officiers, a été ravi de voir que de lui-même il s’était retiré. Je me demande comment il a eu l’audace de venir dans ce pays-ci. Je vous plains, miss Elizabeth, d’être mise ainsi face à face avec l’indignité de votre favori : mais connaissant son origine, on ne pouvait guère s’attendre à mieux !

— En somme, répliqua Elizabeth irritée, votre accusation la plus fondée est celle d’être le fils d’un subalterne : et je puis vous certifier que Mr. Wickham m’avait lui-même révélé ce détail !

— Oh ! pardon, répondit miss Bingley en s’éloignant avec un ricanement moqueur. Et excusez-moi en faveur de mon intention, qui était bonne !

— Insolente créature ! se dit Elizabeth. Croit-elle donc m’influencer par d’aussi misérables procédés ?… Je ne vois là qu’ignorance voulue de sa part, et méchanceté pure du côté de Mr. Darcy.

Puis elle chercha sa sœur aînée qui avait dû entreprendre une enquête sur le même sujet auprès de Bingley.