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— Certes oui. Et maintenant, ma chère Jane, qu’avez-vous à dire pour excuser les « gens intéressés » qui sont sans doute les vrais coupables ? Justifiez-les aussi, que nous n’en soyons pas réduites à les mal juger !

— Riez tant qu’il vous plaira ; cela ne changera point mon opinion. Ne voyez-vous point, ma chère Lizzy, sous quel jour détestable ceci place Mr. Darcy ? Traiter ainsi le protégé dont son père avait promis d’assurer l’avenir ! Quel homme ayant le souci de sa réputation serait capable d’agir ainsi ? Et ses amis, pourraient-ils s’abuser à ce point sur son compte ? Oh ! non !

— Il m’est plus facile de croire que Mr. Bingley s’est trompé à son sujet que d’imaginer que Mr. Wickham a inventé tout ce qu’il m’a conté hier soir en donnant les noms, les faits, tous les détails. Si c’est faux, que Mr. Darcy le dise.

À ce moment on appela les jeunes filles qui durent quitter le bosquet où elles s’entretenaient pour retourner à la maison. Mr. Bingley et ses sœurs venaient apporter eux-mêmes leur invitation pour le bal si impatiemment attendu et qui se trouvait fixé au mardi suivant. Mrs. Hurst et miss Bingley se montrèrent enchantées de retrouver leur chère Jane, déclarant qu’il y avait des siècles qu’elles ne s’étaient vues. Au reste de la famille elles accordèrent peu d’attention : elles évitèrent autant que possible de causer avec Mrs. Bennet, dirent quelques mots à Elizabeth et rien du tout aux autres. Au bout de très peu de temps elles se levèrent avec un empressement qui déconcerta quelque peu leur frère et firent rapidement leurs adieux comme pour échapper aux démonstrations de Mrs. Bennet.

La perspective du bal de Netherfield causait un vif plaisir à Longbourn. Mrs. Bennet se flattait qu’il était donné à l’intention de sa fille aînée, et considérait comme une faveur particulière que Mr. Bingley fût venu faire son invitation en personne au lieu d’envoyer la carte d’usage.