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sur ce point, dit Wickham ; je connais Mr. Darcy trop bien et depuis trop longtemps pour le juger avec impartialité. Cependant, je crois que votre sentiment serait en général accueilli avec surprise. Du reste, hors d’ici où vous êtes dans votre famille, vous ne l’exprimeriez peut-être pas aussi énergiquement.

— Je vous assure que je ne parlerais pas autrement dans n’importe quelle maison du voisinage, sauf à Netherfield. Personne ici ne vous dira du bien de Mr. Darcy ; son orgueil a rebuté tout le monde.

— Je ne prétends pas être affligé de voir qu’il n’est pas estimé au delà de ses mérites, dit Wickham après un court silence ; mais je crois que pareille chose ne lui arrive pas souvent. Les gens sont généralement aveuglés par sa fortune, par son rang, ou bien intimidés par la hauteur de ses manières, et le voient tel qu’il désire être vu.

— D’après le peu que je connais de lui, il me semble avoir assez mauvais caractère.

Wickham hocha la tête sans répondre.

— Je me demande, reprit-il au bout d’un instant, s’il va rester encore longtemps ici.

— Il m’est impossible de vous renseigner là-dessus, mais il n’était pas question de son départ lorsque j’étais à Netherfield. J’espère que vos projets en faveur de votre garnison ne se trouveront pas modifiés du fait de sa présence dans la région.

— Pour cela non. Ce n’est point à moi à fuir devant Mr. Darcy. S’il ne veut pas me voir, il n’a qu’à s’en aller. Nous ne sommes pas en bons termes, c’est vrai, et chaque rencontre avec lui m’est pénible mais, je puis le dire très haut, je n’ai pas d’autre raison de l’éviter que le souvenir de mauvais procédés à mon égard et le profond regret de voir ce qu’il est devenu. Son père, miss Bennet, le défunt Mr. Darcy, était le meilleur homme de l’univers et l’ami le plus sincère que j’aie jamais eu : je ne puis me trouver en présence de son fils sans être ému jusqu’à l’âme par mille sou-