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complaisance, ne prit pas le temps d’écouter ses raisons.

Mr. Wickham, qui ne jouait point au whist, fut accueilli avec joie à l’autre table où il prit place entre Elizabeth et Lydia. Tout d’abord on put craindre que Lydia ne l’accaparât par son bavardage, mais elle aimait beaucoup les cartes et son attention fut bientôt absorbée par les paris et les enjeux. Tout en suivant la partie, Mr. Wickham eut donc tout le loisir de causer avec Elizabeth. Celle-ci était toute disposée à l’écouter, bien qu’elle ne pût espérer apprendre ce qui l’intéressait le plus, à savoir quelles étaient ses relations avec Mr. Darcy. Elle n’osait même pas nommer ce dernier. Sa curiosité se trouva cependant très inopinément satisfaite car Mr. Wickham aborda lui-même le sujet. Il s’informa de la distance qui séparait Netherfield de Meryton et, sur la réponse d’Elizabeth, demanda avec une légère hésitation depuis quand y séjournait Mr. Darcy.

— Depuis un mois environ, et, pour ne pas quitter ce sujet elle ajouta : — J’ai entendu dire qu’il y avait de grandes propriétés dans le Derbyshire.

— En effet, répondit Wickham, son domaine est splendide et d’un rapport net de 10 000 livres. Personne ne peut vous renseigner mieux que moi sur ce chapitre, car, depuis mon enfance, je connais de fort près la famille de Mr. Darcy.

Elizabeth ne put retenir un mouvement de surprise.

— Je comprends votre étonnement, miss Bennet, si, comme il est probable, vous avez remarqué la froideur de notre rencontre d’hier. Connaissez-vous beaucoup Mr. Darcy ?

— Très suffisamment pour mon goût, dit Elizabeth avec vivacité. J’ai passé quatre jours avec lui dans une maison amie, et je le trouve franchement antipathique.

— Je n’ai pas le droit de vous donner mon opinion