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son amour pour vous, et ce sera le dernier mot de l’histoire.

Il se souvint alors de l’embarras qu’elle avait laissé voir en écoutant la lecture de la lettre de Mr. Collins. Il l’en plaisanta quelques instants ; enfin, il la laissa partir, ajoutant comme elle le quittait :

— S’il venait des prétendants pour Mary ou Kitty, vous pouvez me les envoyer. J’ai tout le temps de leur répondre.

La soirée se passa paisiblement. Lorsque Mrs. Bennet regagna sa chambre, Elizabeth la suivit pour lui faire l’importante communication. L’effet en fut des plus déconcertants. Aux premiers mots, Mrs. Bennet se laissa tomber sur une chaise, immobile, incapable d’articuler une syllabe. Ce ne fut qu’au bout d’un long moment qu’elle put comprendre le sens de ce qu’elle entendait, bien qu’en général elle eût l’esprit assez prompt dès qu’il était question d’un avantage pour sa famille, ou d’un amoureux pour ses filles. Enfin, elle reprit possession d’elle-même, s’agita sur sa chaise, se leva, se rassit, et prit le ciel à témoin de sa stupéfaction.

— Miséricorde ! Bonté divine ! Peut-on s’imaginer chose pareille ? Mr. Darcy ! qui aurait pu le supposer ? Est-ce bien vrai ? Ô ma petite Lizzy, comme vous allez être riche et considérée ! Argent de poche, bijoux, équipages, rien ne vous manquera ! Jane n’aura rien de comparable. Je suis tellement contente, tellement heureuse… Un homme si charmant ! si beau ! si grand ! Oh ! ma chère Lizzy, je n’ai qu’un regret, c’est d’avoir eu pour lui jusqu’à ce jour tant d’antipathie : j’espère qu’il ne s’en sera pas aperçu. Lizzy chérie ! Une maison à Londres ! Tout ce qui fait le charme de la vie ! Trois filles mariées ! dix mille livres de rentes ! Ô mon Dieu, que vais-je devenir ? C’est à en perdre la tête…

Il n’en fallait pas plus pour faire voir que son approbation ne faisait pas de doute. Heureuse d’avoir été le seul témoin de ces effusions, Elizabeth se retira