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sition violente ou une joie impétueuse : de toute manière, l’expression de ses sentiments ne ferait pas honneur à sa pondération, et Elizabeth n’aurait pas pu supporter que Mr. Darcy fût témoin ni des premiers transports de sa joie, ni des mouvements véhéments de sa désapprobation.

Dans la soirée, quand Mr. Bennet se retira, Mr. Darcy se leva et le suivit dans la bibliothèque. Elizabeth fut très agitée jusqu’au moment où il reparut. Un sourire la rassura tout d’abord : puis, s’étant approché d’elle sous prétexte d’admirer sa broderie, il lui glissa :

— Allez trouver votre père ; il vous attend dans la bibliothèque.

Elle s’y rendit aussitôt. Mr. Bennet arpentait la pièce, l’air grave et anxieux.

— Lizzy, dit-il, qu’êtes-vous en train de faire ? Avez-vous perdu le sens, d’accepter cet homme ? Ne l’avez-vous pas toujours détesté ?

Comme Elizabeth eût souhaité alors n’avoir jamais formulé de ces jugements excessifs ! Il lui fallait à présent en passer par des explications difficiles, et ce fut avec quelque embarras qu’elle affirma son attachement pour Darcy.

— En d’autres termes, vous êtes décidée à l’épouser. Il est riche, c’est certain, et vous aurez de plus belles toilettes et de plus beaux équipages que Jane. Mais cela vous donnera-t-il le bonheur ?

— N’avez-vous pas d’objection autre que la conviction de mon indifférence ?

— Aucune. Nous savons tous qu’il est orgueilleux, peu avenant, mais ceci ne serait rien s’il vous plaisait réellement.

— Mais il me plaît ! protesta-t-elle, les larmes aux yeux. Je l’aime ! Il n’y a point chez lui d’excès d’orgueil ; il est parfaitement digne d’affection. Vous ne le connaissez pas vraiment ; aussi, ne m’affligez pas en me parlant de lui en de tels termes.