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du monde. Mais êtes-vous contente, Jane ? Serez-vous heureuse de l’avoir pour frère ?

— Très heureuse ! Mr. Bingley et moi ne pouvions souhaiter mieux ! Nous en parlions quelquefois, mais en considérant la chose comme impossible. En toute sincérité, l’aimez-vous assez ? Oh ! Lizzy ! tout plutôt qu’un mariage sans amour !… Êtes-vous bien sûre de vos sentiments ?

— Tellement sûre que j’ai peur de vous entendre dire qu’ils sont exagérés !

— Pourquoi donc ?

— Parce que je l’aime plus que Mr. Bingley !… N’allez pas vous fâcher ?

— Ma chère petite sœur, ne plaisantez pas. Je parle fort sérieusement. Dites-moi vite tout ce que je dois savoir. Depuis quand l’aimez-vous ?

— Tout cela est venu si insensiblement qu’il me serait difficile de vous répondre. Mais, cependant, je pourrais peut-être dire : depuis que j’ai visité son beau domaine de Pemberley !

Une nouvelle invitation à parler sérieusement produisit son effet et Elizabeth eut vite rassuré sa sœur sur la réalité de son attachement pour Mr. Darcy. Miss Bennet déclara alors qu’elle n’avait plus rien à désirer.

— Désormais, je suis pleinement heureuse, affirma-t-elle, car votre part de bonheur sera aussi belle que la mienne. J’ai toujours estimé Mr. Darcy. N’y eût-il eu en lui que son amour pour vous, cela m’aurait suffi. Maintenant qu’il sera l’ami de mon mari et le mari de ma sœur, il aura le troisième rang dans mes affections. Mais Lizzy, comme vous avez été dissimulée avec moi !… J’ignore presque tout ce qui s’est passé à Pemberley et à Lambton, et le peu que j’en sais m’a été raconté par d’autres que par vous !

Elizabeth lui expliqua les motifs de son silence. L’incertitude où elle était au sujet de ses propres sentiments lui avait fait éviter jusqu’alors de nommer Mr. Darcy : mais maintenant il fallait que Jane sût la