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Ils s’étaient dirigés vers Lucas Lodge où Kitty avait l’intention de faire visite à Maria. Elizabeth, ne voyant pas la nécessité de l’accompagner, la laissa entrer seule, et poursuivit délibérément sa route avec Mr. Darcy.

C’était maintenant le moment, ou jamais, d’exécuter sa résolution. Profitant du courage qu’elle se sentait en cet instant, elle commença sans plus attendre :

— Je suis très égoïste, Mr. Darcy. Pour me soulager d’un poids, je vais donner libre cours à mes sentiments, au risque de heurter les vôtres ; mais je ne puis rester plus longtemps sans vous remercier de la bonté vraiment extraordinaire dont vous avez fait preuve pour ma pauvre sœur. Croyez bien que si le reste de ma famille en était instruit, je n’aurais pas ma seule reconnaissance à vous exprimer.

— Je regrette, je regrette infiniment, répliqua Darcy avec un accent plein de surprise et d’émotion, qu’on vous ait informée de choses qui, mal interprétées, ont pu vous causer quelque malaise. J’aurais cru qu’on pouvait se fier davantage à la discrétion de Mrs. Gardiner.

— Ne blâmez pas ma tante. L’étourderie de Lydia seule m’a révélé que vous aviez été mêlé à cette affaire, et, bien entendu, je n’ai pas eu de repos tant que je n’en ai pas connu tous les détails. Laissez-moi vous remercier mille et mille fois au nom de toute ma famille de la généreuse pitié qui vous a poussé à prendre tant de peine et à supporter tant de mortifications pour arriver à découvrir ma sœur.

— Si vous tenez à me remercier, répliqua Darcy, remerciez-moi pour vous seule. Que le désir de vous rendre la tranquillité ait ajouté aux autres motifs que j’avais d’agir ainsi, je n’essaierai pas de le nier, mais votre famille ne me doit rien. Avec tout le respect que j’ai pour elle, je crois avoir songé uniquement à vous.

L’embarras d’Elizabeth était tel qu’elle ne put pro-