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coup d’œil rapide à Mr. Darcy : il avait l’air aussi grave qu’à son habitude, plus semblable, pensa-t-elle, à ce qu’il était jadis qu’à ce qu’il s’était montré à Pemberley. Peut-être était-il moins ouvert devant sa mère que devant son oncle et sa tante. Cette supposition, bien que désagréable, n’était pas sans vraisemblance.

Pour Bingley aussi, elle n’avait eu qu’un regard d’un instant, et pendant cet instant, il lui avait paru à la fois heureux et gêné. Mrs. Bennet le recevait avec des démonstrations qui faisaient d’autant plus rougir ses filles qu’elles s’opposaient à la froideur cérémonieuse qu’elle montrait à Darcy.

Celui-ci, après avoir demandé à Elizabeth des nouvelles de Mr. et de Mrs. Gardiner, — question à laquelle elle ne put répondre sans confusion, — n’ouvrit presque plus la bouche. Il n’était pas assis à côté d’elle ; peut-être était-ce la raison de son silence. Quelques minutes se passèrent sans qu’on entendît le son de sa voix. Quand Elizabeth, incapable de résister à la curiosité qui la poussait, levait les yeux sur lui, elle voyait son regard posé sur Jane aussi souvent que sur elle-même, et fréquemment aussi fixé sur le sol. Il paraissait très absorbé et moins soucieux de plaire qu’à leurs dernières rencontres. Elle se sentit désappointée et en éprouva de l’irritation contre elle-même.

« À quoi d’autre pouvais-je m’attendre ? se dit elle. Mais alors, pourquoi est il venu ? »

— Voilà bien longtemps que vous étiez absent, Mr. Bingley, observa Mrs. Bennet. Je commençais à craindre un départ définitif. On disait que vous alliez donner congé pour la Saint-Michel ; j’espère que ce n’est pas vrai. Bien des changements se sont produits depuis votre départ. Miss Lucas s’est mariée ainsi qu’une de mes filles. Peut-être l’avez-vous appris ? L’annonce en a paru dans le Times et dans le Courrier, mais rédigée d’une façon bien singulière : « Récemment