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— Grand Dieu ! Mr. Darcy !… Vous ne vous trompez pas. Tous les amis de Mr. Bingley sont les bienvenus ici, naturellement, mais j’avoue que la vue seule de celui-ci m’est odieuse.

Jane regarda Elizabeth avec une surprise consternée. Elle n’avait pas su grand’chose de ce qui s’était passé en Derbyshire, et se figurait l’embarras qu’allait éprouver sa sœur dans cette première rencontre avec Darcy après sa lettre d’explication. Elizabeth avait pour être troublée plus de raisons que ne le pensait Jane à qui elle n’avait pas encore eu le courage de montrer la lettre de Mrs. Gardiner. Pour Jane, Mr. Darcy n’était qu’un prétendant qu’Elizabeth avait repoussé et dont elle n’avait pas su apprécier le mérite. Pour Elizabeth, c’était l’homme qui venait de rendre à sa famille un service inestimable et pour qui elle éprouvait un sentiment sinon aussi tendre que celui de Jane pour Bingley, du moins aussi profond et aussi raisonnable. Son étonnement en le voyant venir spontanément à Longbourn égalait celui qu’elle avait ressenti en le retrouvant si changé lors de leur rencontre en Derbyshire. La couleur qui avait quitté son visage y reparut plus ardente, et ses yeux brillèrent de joie à la pensée que les sentiments et les vœux de Darcy n’avaient peut-être pas changé. Mais elle ne voulut point s’y arrêter.

« Voyons d’abord son attitude, se dit-elle. Après, je pourrai en tirer une conclusion. »

Une affectueuse sollicitude la poussa à regarder sa sœur. Jane était un peu pâle, mais beaucoup plus paisible qu’elle ne s’y attendait ; elle rougit légèrement à l’entrée des deux jeunes gens ; cependant, elle les accueillit d’un air assez naturel et avec une attitude correcte où il n’y avait ni trace de ressentiment, ni excès d’amabilité.

Elizabeth ne prononça que les paroles exigées par la stricte politesse et se remit à son ouvrage avec une activité inaccoutumée. Elle n’avait osé jeter qu’un