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mais plutôt mercredi. Elle allait chez le boucher commander de la viande pour ce jour-là, et elle a heureusement trois couples de canards bons à tuer.

Jane n’avait pu entendre parler du retour de Bingley sans changer de couleur. Depuis longtemps elle n’avait pas prononcé son nom devant Elizabeth, mais ce jour-là, dès qu’elles furent seules, elle lui dit :

— J’ai bien vu que votre regard se tournait vers moi, Lizzy, quand ma tante nous a dit la nouvelle, et j’ai senti que je me troublais ; mais n’allez pas attribuer mon émotion à une cause puérile. J’ai rougi simplement parce que je savais qu’on allait me regarder. Je vous assure que cette nouvelle ne me cause ni joie, ni peine. Je me réjouis seulement de ce qu’il vienne seul. Nous le verrons ainsi fort peu. Ce ne sont pas mes sentiments que je redoute, mais les remarques des indifférents.

Elizabeth ne savait que penser. Si elle n’avait pas vu Bingley en Derbyshire, elle aurait pu supposer qu’il venait sans autre motif que celui qu’on annonçait ; mais elle était persuadée qu’il aimait toujours Jane et se demandait si son ami l’avait autorisé à venir, ou s’il était assez audacieux pour se passer de sa permission.

En dépit des affirmations formelles de sa sœur, elle n’était pas sans voir que Jane était troublée : son humeur était moins sereine et moins égale que de coutume.

Le sujet qui avait mis aux prises Mr. et Mrs. Bennet un an auparavant se trouva remis en question.

— Naturellement, dès que Mr. Bingley arrivera, vous irez le voir, mon ami.

— Certes non. Vous m’avez obligé à lui rendre visite l’an passé, en me promettant que si j’allais le voir il épouserait une de mes filles. Comme rien de tel n’est arrivé, on ne me fera pas commettre une seconde fois la même sottise.

Sa femme lui représenta que c’était une politesse