Page:Austen - Les Cinq filles de Mrs Bennet.djvu/270

Cette page a été validée par deux contributeurs.


très certainement il n’avait plus de famille proche. Il ne manquait pas de relations banales, mais depuis son arrivée au régiment on ne l’avait vu se lier intimement avec personne. L’état pitoyable de ses finances était pour lui un puissant motif de se cacher, qui s’ajoutait à la crainte d’être découvert par la famille de Lydia. Le bruit se répandait qu’il avait laissé derrière lui des dettes de jeu considérables. Le colonel Forster estimait qu’il faudrait plus de mille livres pour régler ses dépenses à Brighton. Il devait beaucoup en ville, mais ses dettes d’honneur étaient plus formidables encore.

Mr. Gardiner n’essayait pas de dissimuler ces faits. Jane les apprit avec horreur :

— Quoi ! Wickham un joueur ! C’est inouï ! s’écriait-elle. Je ne m’en serais jamais doutée !

La lettre de Mr. Gardiner annonçait aux jeunes filles le retour probable de leur père le lendemain même qui était un samedi. Découragé par l’insuccès de ses tentatives, il avait cédé aux instances de son beau-frère qui l’engageait à retourner auprès des siens en lui laissant le soin de poursuivre ses recherches à Londres. Cette détermination ne causa pas à Mrs. Bennet la joie à laquelle on s’attendait, après les craintes qu’elle avait manifestées pour l’existence de son mari.

— Comment, il revient sans cette pauvre Lydia ! Il quitte Londres avant de les avoir retrouvés ! Qui donc, s’il s’en va, se battra avec Wickham pour l’obliger à épouser Lydia ?

Comme Mrs. Gardiner désirait retourner chez elle, il fut convenu qu’elle partirait avec ses enfants le jour du retour de Mr. Bennet. La voiture les transporta donc jusqu’au premier relais et revint à Longbourn avec son maître.

Mrs. Gardiner repartait non moins intriguée au sujet d’Elizabeth et de son ami de Pemberley qu’elle l’avait été en quittant le Derbyshire. Le nom de Darcy n’était plus jamais venu spontanément aux lèvres de