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tage à faire elle-même cette recherche, elle rappela le domestique et, d’une voix haletante, à peine intelligible, elle lui donna l’ordre de ramener ses maîtres au plus vite. Dès qu’il fut parti, elle se laissa tomber sur un siège, l’air si défait que Darcy ne put se résoudre à la quitter ni s’empêcher de lui dire d’un ton plein de douceur et de commisération :

— Laissez-moi appeler votre femme de chambre. N’y a-t-il rien que je puisse faire pour vous procurer quelque soulagement ? Un peu de vin, peut-être ? Je vais aller vous en chercher. Vous êtes toute pâle.

— Non, je vous remercie, répondit Elizabeth en tâchant de se remettre. Je vous assure que je n’ai rien. Je suis seulement bouleversée par des nouvelles désolantes que je viens de recevoir de Longbourn.

En parlant ainsi elle fondit en larmes, et, pendant quelques minutes, se trouva dans l’impossibilité de continuer. Darcy, anxieux et désolé, ne put que murmurer quelques mots indistincts sur sa sympathie et la considérer avec une muette compassion.

À la fin, elle put reprendre :

— Je viens de recevoir une lettre de Jane avec des nouvelles lamentables. Ma jeune sœur a quitté ses amis… elle s’est enfuie… avec… elle s’est livrée au pouvoir de… Mr. Wickham… Vous le connaissez assez pour soupçonner le reste. Elle n’a ni dot, ni situation, ni rien qui puisse le tenter. Elle est perdue à jamais !

Darcy restait immobile et muet d’étonnement.

— Quand je pense, ajouta-t-elle d’une voix encore plus agitée, que j’aurais pu empêcher un pareil malheur ! moi qui savais ce qu’il valait ! Si j’avais seulement répété chez moi une partie de ce que je savais ! Si on l’avait connu pour ce qu’il était, cela ne serait pas arrivé. Et maintenant, il est trop tard !

— Je suis désolé, s’écria Darcy, désolé et indigné. Mais tout cela est-il certain, absolument certain ?

— Hélas oui ! Ils ont quitté Brighton dans la nuit de dimanche, et on a pu relever leurs traces presque