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moment elle s’attendait à voir apparaître le maître de la maison et ne savait si elle le souhaitait ou si elle le redoutait davantage.

Après être restée un quart d’heure sans ouvrir la bouche, miss Bingley surprit Elizabeth en la questionnant d’un ton froid sur la santé de sa famille. Ayant reçu une réponse aussi brève et aussi froide elle retomba dans son mutisme.

L’arrivée de domestiques apportant une collation composée de viande froide, de gâteaux et des plus beaux fruits de la saison, amena une diversion. Il y avait là de quoi occuper agréablement tout le monde, et de belles pyramides de raisin, de pêches et de brugnons rassemblèrent toutes les dames autour de la table.

À cet instant, Elizabeth put être fixée sur ses sentiments par l’entrée de Mr. Darcy dans le salon. Il revenait de la rivière où il avait passé quelque temps avec Mr. Gardiner et deux ou trois hôtes du château, et les avait quittés seulement quand il avait appris que Mrs. Gardiner et sa nièce se proposaient de faire visite à Georgiana. Dès qu’il apparut, Elizabeth prit la résolution de se montrer parfaitement calme et naturelle, — résolution d’autant plus sage, sinon plus facile à tenir, — qu’elle sentait éveillés les soupçons de toutes les personnes présentes et que tous les yeux étaient tournés vers Mr. Darcy dès son entrée pour observer son attitude. Aucune physionomie ne reflétait une curiosité plus vive que celle de miss Bingley, en dépit des sourires qu’elle prodiguait à l’un de ceux qui en étaient l’objet car la jalousie ne lui avait pas enlevé tout espoir et son empressement auprès de Mr. Darcy restait le même. Miss Darcy s’efforça de parler davantage en présence de son frère. Lui-même laissa voir à Elizabeth combien il désirait qu’elle fît plus ample connaissance avec sa sœur, et tâcha d’animer leurs essais de conversation. Miss Bingley le remarquait aussi et, dans l’imprudence de sa colère saisit la pre-