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— Je n’ai jamais eu de lui une parole désagréable et, quand je suis entrée au service de son père, il n’avait pas plus de quatre ans.

Cette louange, plus encore que la précédente, dérouta Elizabeth : que Darcy eût un caractère difficile, c’est de quoi, jusque-là, elle avait eu la ferme conviction. Elle souhaitait vivement en entendre davantage, et fut très reconnaissante à son oncle de faire cette réflexion :

— Il y a peu de gens dont on puisse en dire autant. Vous avez de la chance d’avoir un tel maître !

— Oui, monsieur, je sais bien que je pourrais faire le tour du monde sans en rencontrer un meilleur. Mais il n’a fait que tenir ce qu’il promettait dès son enfance. C’était le caractère le plus aimable et le cœur le plus généreux qu’on pût imaginer.

— Son père était un homme excellent, dit Mrs. Gardiner.

— Oui, madame, c’est la vérité, et son fils lui ressemble. Il est aussi bon pour les malheureux.

Elizabeth s’étonnait, doutait, et désirait toujours en entendre plus. Ce que Mrs. Reynolds pouvait raconter au sujet des tableaux, des dimensions des pièces ou de la valeur du mobilier n’avait plus pour elle aucun intérêt. Mr. Gardiner, extrêmement amusé par l’espèce d’orgueil familial auquel il attribuait l’éloge démesuré que la femme de charge faisait de son maître, ramena bientôt la conversation sur le même sujet, et tout en montant le grand escalier, Mrs. Reynolds énuméra chaleureusement les nombreuses qualités de Mr. Darcy.

— C’est le meilleur propriétaire et le meilleur maître qu’on puisse voir, non pas un de ces jeunes écervelés d’aujourd’hui qui ne songent qu’à s’amuser. Vous ne trouverez pas un de ses tenanciers ou de ses domestiques pour dire de lui autre chose que du bien. Certaines gens, je le sais, le trouvent fier ; pour moi, je ne m’en suis jamais aperçue. C’est, j’imagine, parce qu’il