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rencontrer son propriétaire vint de nouveau saisir Elizabeth. Si jamais la femme de chambre de l’hôtel s’était trompée ! Son oncle ayant demandé si l’on pouvait visiter le château, on les fit entrer dans le hall, et, pendant qu’ils attendaient l’arrivée de la femme de charge, Elizabeth put à loisir s’étonner de se voir en cet endroit.

La femme de charge était une personne âgée, d’allure respectable, moins importante et beaucoup plus empressée qu’Elizabeth ne s’y attendait. Tous trois la suivirent dans la salle à manger. Après avoir jeté un coup d’œil à cette vaste pièce de proportions harmonieuses et somptueusement meublée, Elizabeth se dirigea vers la fenêtre pour jouir de la vue. La colline boisée qu’ils venaient de descendre et qui, à distance, paraissait encore plus abrupte, formait un admirable vis-à-vis. Le parc, sous tous ses aspects, était charmant, et c’était avec ravissement qu’elle contemplait la rivière bordée de bouquets d’arbres et la vallée sinueuse aussi loin que l’œil pouvait en suivre les détours. Dans chaque salle où l’on passait, le point de vue changeait, et de chaque fenêtre il y avait de nouvelles beautés à voir. Les pièces étaient de vastes proportions et le mobilier en rapport avec la fortune du propriétaire. Elizabeth nota avec une certaine admiration qu’il n’y avait rien de voyant ou d’inutilement somptueux comme à Rosings.

« Et dire que de cette demeure je pourrais être la châtelaine ! songeait-elle. Ces pièces seraient pour moi un décor familier ; au lieu de les visiter comme une étrangère, je pourrais y recevoir mon oncle et ma tante… Mais non, pensa-t-elle en se ressaisissant, ceci n’aurait pas été possible ! mon oncle et ma tante auraient été perdus pour moi ; jamais je n’aurais été autorisée à les recevoir ici ! »

Cette réflexion arrivait à point pour la délivrer de quelque chose qui ressemblait à un regret.

Il lui tardait de demander à la femme de charge si