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tion. Pour Lydia, ce séjour à Brighton représentait toutes les possibilités de bonheur terrestre. Avec les yeux de l’imagination, elle voyait la ville aux rues encombrées de militaires, elle voyait les splendeurs du camp, avec les tentes alignées dans une imposante uniformité, tout rutilant d’uniformes, frémissant de jeunesse et de gaieté, elle se voyait enfin l’objet des hommages d’un nombre impressionnant d’officiers. Qu’eût-elle pensé, si elle avait su que sa sœur tentait de l’arracher à d’aussi merveilleuses perspectives ? Elizabeth allait revoir Wickham pour la dernière fois. Comme elle l’avait rencontré à plusieurs reprises depuis son retour, cette pensée ne lui causait plus d’agitation. Aucun reste de son ancienne sympathie ne venait non plus la troubler. Elle avait même découvert dans ces manières aimables qui l’avaient tant charmée naguère, une affectation, une monotonie qu’elle jugeait maintenant fastidieuses. Le désir qu’il témoigna bientôt de lui renouveler les marques de sympathie particulière qu’il lui avait données au début de leurs relations, après ce qu’elle savait ne pouvait que l’irriter. Tout en se dérobant aux manifestations d’une galanterie frivole et vaine, la pensée qu’il pût la croire flattée de ses nouvelles avances et disposée à y répondre lui causait une profonde mortification.

Le jour qui précéda le départ du régiment, Wickham et d’autres officiers dînèrent à Longbourn. Elizabeth était si peu disposée à se séparer de lui en termes aimables qu’elle profita d’une question qu’il lui posait sur son voyage à Hunsford pour mentionner le séjour de trois semaines que Mr. Darcy et le colonel Fitzwilliam avaient fait à Rosings et demanda à Wickham s’il connaissait ce dernier. Un regard surpris, ennuyé, inquiet même, accueillit cette question. Toutefois, après un instant de réflexion il reprit son air souriant pour dire qu’il avait vu le colonel Fitzwilliam jadis et après avoir observé que c’était un gentleman, demanda à Elizabeth s’il lui avait plu. Elle lui répon-