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Même la justification de Darcy, qui lui causait une vraie joie, ne put suffire à la consoler de cette triste découverte. Et elle s’opiniâtrait à croire que tout ceci n’était qu’une erreur, et à vouloir innocenter l’un sans accuser l’autre.

— C’est inutile ! dit Elizabeth ; vous ne parviendrez jamais à les transformer en saints tous les deux ! Il faut choisir. Leurs vertus et leurs mérites ne sont pas assez abondants pour pouvoir en faire deux parts convenables. Quant à moi, je suis disposée à donner la palme à Mr. Darcy : mais libre à vous de ne pas m’imiter !

Il fallut encore un peu de temps pour que le sourire reparût sur les lèvres de Jane.

— Jamais je n’ai été aussi bouleversée, dit-elle. Wickham perverti à ce point ! C’est à n’y pas croire ! Et ce pauvre Mr. Darcy ! Pensez à ce qu’il a dû souffrir : en même temps qu’il éprouvait une si grande déception, apprendre la mauvaise opinion que vous aviez de lui, et se voir obligé de vous raconter l’aventure de sa sœur ! C’est vraiment trop pénible. Je suis sûre que vous le sentez comme moi.

— Oh non ! mes regrets et ma compassion s’évanouissent quand je vois l’ardeur des vôtres. La sympathie que vous prodiguez à Mr. Darcy me dispense de le plaindre et, si vous continuez à vous apitoyer sur lui, je me sentirai le cœur aussi léger qu’une plume.

— Pauvre Wickham ! Il y a dans sa personne un tel air de droiture, et dans ses manières, tant de franchise et de distinction !

— Il est certain que, de ces deux hommes, l’un possède les qualités et l’autre en a l’apparence.

— Je n’ai jamais trouvé que Mr. Darcy n’en eût pas aussi l’apparence.

— Il y a un point sur lequel je voudrais votre avis. Faut-il ouvrir les yeux de nos amis sur la véritable personnalité de Wickham ?