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l’arrêta et aussi la conviction que Mr. Darcy n’aurait pas hasardé une telle proposition s’il n’avait été certain que son cousin dût corroborer toutes ses affirmations.

Elle se rappelait parfaitement sa première conversation avec Wickham à la soirée de Mrs. Philips. Ce qu’il y avait de malséant dans des confidences de ce genre faites à une étrangère la frappait maintenant, et elle s’étonna de ne l’avoir pas remarqué plus tôt. Elle voyait l’indélicatesse qu’il y avait à se mettre ainsi en avant. La conduite de Wickham ne concordait pas non plus avec ses déclarations : ne s’était-il pas vanté d’envisager sans crainte l’idée de rencontrer Mr. Darcy. Cependant, pas plus tard que la semaine suivante, il s’était abstenu de paraître au bal de Netherfield. Et puis, tant que les Bingley étaient restés dans le pays, Wickham ne s’était confié qu’à elle, mais, aussitôt leur départ, son histoire avait défrayé partout les conversations et il ne s’était pas fait scrupule de s’attaquer à la réputation de Mr. Darcy, bien qu’il lui eût assuré que son respect pour le père l’empêcherait toujours de porter atteinte à l’honneur du fils.

Comme il lui apparaissait maintenant sous un jour différent ! Ses assiduités auprès de miss King ne venaient plus que de vils calculs, et la médiocre fortune de la jeune fille, au lieu de prouver la modération de ses ambitions, le montrait simplement poussé par le besoin d’argent à mettre la main sur tout ce qui était à sa portée. Son attitude envers elle-même ne pouvait avoir de mobiles louables : ou bien il avait été trompé sur sa fortune, ou bien il avait satisfait sa vanité en encourageant une sympathie qu’elle avait eu l’imprudence de lui laisser voir.

Dans ses derniers efforts pour le défendre, Elizabeth mettait de moins en moins de conviction. D’autre part, pour la justification de Mr. Darcy, elle était obligée de reconnaître que Mr. Bingley, longtemps auparavant, avait affirmé à Jane la correction de son ami dans cette