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posez que le mode de votre déclaration a pu me causer un autre effet que celui-ci : il m’a épargné l’ennui que j’aurais éprouvé à vous refuser si vous vous étiez exprimé d’une manière plus digne d’un gentleman.

Il tressaillit, mais la laissa continuer :

— Sous quelque forme que se fût produite votre demande, jamais je n’aurais eu la tentation de l’agréer.

De plus en plus étonné, Darcy la considérait avec une expression mêlée d’incrédulité et de mortification pendant qu’elle poursuivait :

— Depuis le commencement, je pourrais dire dès le premier instant où je vous ai vu, j’ai été frappée par votre fierté, votre orgueil et votre mépris égoïste des sentiments d’autrui. Il n’y avait pas un mois que je vous connaissais et déjà je sentais que vous étiez le dernier homme du monde que je consentirais à épouser.

— Vous en avez dit assez, mademoiselle. Je comprends parfaitement vos sentiments et il ne me reste plus qu’à regretter d’avoir éprouvé les miens. Pardonnez-moi d’avoir abusé de votre temps et acceptez mes meilleurs vœux pour votre santé et votre bonheur.

Il sortit rapidement sur ces mots et, un instant après, Elizabeth entendait la porte de la maison se refermer sur lui. Le tumulte de son esprit était extrême. Tremblante d’émotion, elle se laissa tomber sur un siège et pleura pendant un long moment. Toute cette scène lui semblait incroyable. Était-il possible que Mr. Darcy eût pu être épris d’elle depuis des mois, épris au point de vouloir l’épouser en dépit de toutes les objections qu’il avait opposées au mariage de son ami avec Jane ? C’était assez flatteur pour elle d’avoir inspiré inconsciemment un sentiment aussi profond, mais l’abominable fierté de Mr. Darcy, la façon dont il avait parlé de Mr. Wickham sans essayer de nier la cruauté de sa propre conduite, eurent vite fait d’éteindre la pitié dans