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eu de la sympathie pour vous, rien au monde n’aurait pu me faire accepter l’homme responsable d’avoir ruiné, peut-être pour toujours, le bonheur d’une sœur très aimée.

À ces mots, Mr. Darcy changea de couleur mais son émotion fut de courte durée, et il ne chercha même pas à interrompre Elizabeth qui continuait :

— J’ai toutes les raisons du monde de vous mal juger : aucun motif ne peut excuser le rôle injuste et peu généreux que vous avez joué en cette circonstance. Vous n’oserez pas, vous ne pourrez pas nier que vous avez été le principal, sinon le seul artisan de cette séparation, que vous avez exposé l’un à la censure du monde pour sa légèreté et l’autre à sa dérision pour ses espérances déçues, en infligeant à tous deux la peine la plus vive.

Elle s’arrêta et vit non sans indignation que Darcy l’écoutait avec un air parfaitement insensible. Il avait même en la regardant un sourire d’incrédulité affectée.

— Nierez-vous l’avoir fait ? répéta-t-elle.

Avec un calme forcé, il répondit :

— Je ne cherche nullement à nier que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour séparer mon ami de votre sœur, ni que je me suis réjoui d’y avoir réussi. J’ai été pour Bingley plus raisonnable que pour moi-même.

Elizabeth parut dédaigner cette réflexion aimable mais le sens ne lui en échappa point et, de plus en plus animée, elle reprit :

— Ceci n’est pas la seule raison de mon antipathie. Depuis longtemps, mon opinion sur vous était faite. J’ai appris à vous connaître par les révélations que m’a faites Mr. Wickham, voilà déjà plusieurs mois. À ce sujet, qu’avez-vous à dire ? Quel acte d’amitié imaginaire pouvez-vous invoquer pour vous défendre ou de quelle façon pouvez-vous dénaturer les faits pour en donner une version qui vous soit avantageuse ?

— Vous prenez un intérêt bien vif aux affaires de