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sœur Maria dans les invitations qu’elle nous fera pendant votre séjour ici. Sa manière d’être à l’égard de ma chère Charlotte est des plus aimables : nous dînons à Rosings deux fois par semaine, et jamais Sa Grâce ne nous laisse revenir à pied : sa voiture est toujours prête pour nous ramener ; — je devrais dire une de ses voitures, car Sa Grâce en a plusieurs.

— Lady Catherine est une femme intelligente et respectable, appuya Charlotte, et c’est pour nous une voisine remplie d’attentions.

— Très juste, ma chère amie ; je le disais à l’instant. C’est une personne pour laquelle on ne peut avoir trop de déférence.

La soirée se passa tout entière à parler du Hertfordshire. Une fois retirée dans la solitude de sa chambre, Elizabeth put méditer à loisir sur le bonheur dont semblait jouir son amie. À voir avec quel calme Charlotte supportait son mari, avec quelle adresse elle le gouvernait, Elizabeth fut obligée de reconnaître qu’elle s’en tirait à merveille.

Dans l’après-midi du jour suivant, pendant qu’elle s’habillait pour une promenade, un bruit soudain parut mettre toute la maison en rumeur ; elle entendit quelqu’un monter précipitamment l’escalier en l’appelant à grands cris. Elle ouvrit la porte et vit sur le palier Maria hors d’haleine.

— Elizabeth, venez vite voir quelque chose d’intéressant ! Je ne veux pas vous dire ce que c’est. Dépêchez-vous et descendez tout de suite à la salle à manger !

Sans pouvoir obtenir un mot de plus de Maria, elle descendit rapidement avec elle dans la salle à manger, qui donnait sur la route, et, de là, vit deux dames dans un petit phaéton arrêté à la barrière du jardin.

— C’est tout cela ! s’exclama Elizabeth. Je pensais pour le moins que toute la basse-cour avait envahi le jardin, et vous n’avez à me montrer que lady Catherine et sa fille !