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dence qu’il y aurait à encourager un tel sentiment.

Indépendamment de ses qualités personnelles, Wickham avait un moyen de se rendre agréable à Mrs. Gardiner. Celle-ci, avant son mariage, avait habité un certain temps la région dont il était lui-même originaire, dans le Derbyshire. Ils avaient donc beaucoup de connaissances communes et, bien qu’il eût quitté le pays depuis cinq ans, il pouvait lui donner de ses relations d’autrefois des nouvelles plus fraîches que celles qu’elle possédait elle-même.

Mrs. Gardiner avait vu Pemberley, jadis, et avait beaucoup entendu parler du père de Mr. Darcy. C’était là un inépuisable sujet de conversation. Elle prenait plaisir à comparer ses souvenirs de Pemberley avec la description minutieuse qu’en faisait Wickham et à dire son estime pour l’ancien propriétaire. Son interlocuteur ne se montrait pas moins charmé qu’elle par cette évocation du passé. Lorsqu’il lui raconta la façon dont l’avait traité le fils elle essaya de se rappeler ce qu’on disait de celui-ci au temps où il n’était encore qu’un jeune garçon et, en fouillant dans sa mémoire, il lui sembla avoir entendu dire que le jeune Fitzwilliam Darcy était un enfant extrêmement orgueilleux et désagréable.




XXVI


Mrs. Gardiner saisit la première occasion favorable pour donner doucement à Elizabeth l’avertissement qu’elle jugeait nécessaire. Après lui avoir dit franchement ce qu’elle pensait, elle ajouta :

— Vous êtes, Lizzy, une fille trop raisonnable pour vous attacher à quelqu’un simplement parce que l’on cherche à vous en détourner, c’est pourquoi je ne crains pas de vous parler avec cette franchise. Très sérieusement, je voudrais que vous vous teniez sur vos gardes : ne vous laissez pas prendre, — et ne laissez