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cousin, il me faudrait juger son esprit aussi sévèrement que je juge son cœur. Vous ne pouvez nier, ma chère Jane, que Mr. Collins ne soit un être prétentieux, pompeux et ridicule, et vous sentez forcément comme moi que la femme qui consent à l’épouser manque de jugement. Vous ne pouvez donc la défendre, même si elle s’appelle Charlotte Lucas.

— Je trouve seulement que vous exprimez votre pensée en termes trop sévères, et vous en serez convaincue, je l’espère, en les voyant heureux ensemble. Mais laissons ce sujet. Vous avez parlé de « deux » exemples et je vous ai bien comprise. Je vous en prie, ma chère Lizzy, n’ajoutez pas à ma peine en jugeant une certaine personne digne de blâme et en déclarant qu’elle a perdu votre estime. Il ne faut pas se croire si vite victime d’une offense volontaire ; nous ne devons pas attendre d’un jeune homme gai et plein d’entrain tant de prudence et de circonspection. Bien souvent c’est votre propre vanité qui vous égare, et les femmes croient trouver dans l’admiration qu’elles excitent beaucoup de choses qui n’y sont pas.

— Et les hommes font bien ce qu’ils peuvent pour le leur faire croire.

— S’ils le font sciemment, ils sont impardonnables. Mais je ne puis voir partout d’aussi noirs calculs.

— Je suis loin de charger Mr. Bingley d’une telle accusation. Mais sans avoir de mauvaise intention on peut mal agir et être une cause de chagrin. Il suffit pour cela d’être insouciant, de ne pas tenir assez compte des sentiments des autres, ou de manquer de volonté.

— Laquelle de ces trois choses reprochez-vous à Mr. Bingley ?

— La dernière.

— Vous persistez alors à supposer que ses sœurs ont essayé de l’influencer ?

— Oui, et son ami également.

— C’est une chose que je ne puis croire. Elles ne