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gréables à recevoir. Ainsi murmurait Mrs. Bennet, et ces plaintes ne cessaient que pour faire place à l’expression plus amère du chagrin que lui causait l’absence prolongée de Mr. Bingley. Cette absence inquiétait aussi Jane et Elizabeth. Les jours s’écoulaient sans apporter de nouvelles, sinon celle qui commençait à circuler à Meryton qu’on ne le reverrait plus de tout l’hiver à Netherfield. Elizabeth elle-même commençait à craindre que Mr. Bingley ne se fût laissé retenir à Londres par ses sœurs. Malgré sa répugnance à admettre une supposition qui ruinait le bonheur de sa sœur et donnait une idée si médiocre de la constance de Bingley, elle ne pouvait s’empêcher de penser que les efforts réunis de deux sœurs insensibles et d’un ami autoritaire, joints aux charmes de miss Darcy et aux plaisirs de Londres, pourraient bien avoir raison de son attachement pour Jane.

Quant à cette dernière, l’incertitude lui était, cela va de soi, encore plus pénible qu’à Elizabeth. Mais quels que fussent ses sentiments, elle évitait de les laisser voir et c’était un sujet que les deux sœurs n’abordaient jamais ensemble.

Mr. Collins revint ponctuellement quinze jours plus tard comme il l’avait annoncé et s’il ne fut pas reçu à Longbourn aussi chaudement que la première fois, il était trop heureux pour s’en apercevoir. Du reste, ses devoirs de fiancé le retenaient presque toute la journée chez les Lucas et il ne rentrait souvent que pour s’excuser de sa longue absence à l’heure où ses hôtes regagnaient leurs chambres.

Mrs. Bennet était vraiment à plaindre. La moindre allusion au mariage de Mr. Collins la mettait hors d’elle et, partout où elle allait, elle était sûre d’en entendre parler. La vue de miss Lucas lui était devenue odieuse, elle ne pouvait, sans horreur, penser qu’elle lui succéderait à Longbourn et, le cœur plein d’amertume, elle fatiguait son mari de ses doléances.

— Oui, Mr. Bennet, il est trop dur de penser que