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avaient pris bien de l’éloquence et beaucoup de confiance dans le futur pour se consoler du passé. Elle avait été prudente dans sa jeunesse, elle devenait trop romanesque en prenant des années ; c’était la suite d’un commencement singulier, et le cœur ne perd pas ses droits. Elle ne blâmait pas lady Russel de s’être opposée à un mariage qu’elle jugeait désavantageux, elle ne se blâmait pas elle-même de s’être laissé guider par elle ; mais elle sentait que si quelque jeune personne venait lui demander conseil dans une semblable circonstance, elle se défendrait de lui en donner. Le bonheur et le malheur dépendent souvent de soi-même, plus que de la situation où le sort nous a placés. Alice était persuadée que, malgré la désapprobation de son père, malgré ses craintes et ses anxiétés sur l’état de son mari, malgré les peines inséparables d’une fortune très-bornée, elle aurait été plus heureuse en maintenant son engagement qu’en en faisant le sacrifice, dont rien ne l’avait dédommagée, ni la tendresse de son père, ni l’amitié de sa sœur, ni même l’approbation de lady Russel, qui ne pensait pas qu’elle eût rien à regretter.

On comprendra facilement combien ses souvenirs, ses craintes, ses espérances agitaient