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qu’on a quitté nourrissent sans cesse ; et si quelqu’un qui vous est étranger, indifférent, habite sous vos yeux cette demeure que vous avez pris plaisir à ranger, soigne ou néglige les bosquets, les fleurs que vous avez plantées, se promène dans les sentiers que vous avez tracés, et qui ne reçoivent plus l’empreinte de vos pas, le supplice devient alors presque insupportable. Lady Russel, plus prévoyante qu’Alice, et qui sentait ce qu’elle aurait souffert en habitant toute l’année une autre maison près de Kellinch-Hall, jouit de ce que ce chagrin lui serait épargné. La maison qu’elle occupait au village de Kellinch, et qu’elle avait nommé la Retraite, était assez éloignée du château, et située de manière qu’il n’était point en vue ; Alice pourrait y passer sans danger quelques mois d’été, et le séjour de Bath conviendrait à sa santé, qui, depuis quelques années, était assez languissante ; elle s’accoutumerait à cette ville agréable en elle-même, et très-animée pendant la saison des bains, et ayant, dans tous les temps, une bonne société. Le dégoût qu’Alice avait pour ce séjour était fondé sur ce qu’elle y avait été placée d’abord après la mort de sa mère, dans un pensionnat très-ennuyeux, et qu’un hiver qu’elle y avait