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avaient tous les uns pour les autres, excepté Frederich pour Alice, et Alice pour Frederich. Il était très-poli pour elle, mais n’allait jamais au-delà de la simple civilité, et l’on comprend qu’elle restait un degré de plus en arrière ; il en résultait que leur manière d’être n’était qu’une parfaite indifférence, très-naturelle d’un côté, et de l’autre si bien jouée, qu’ils avaient l’air d’être presque étrangers l’un à l’autre.

La nuit était trop sombre pour qu’il fût possible de retourner à la maison du capitaine Harville, dont l’abord était assez difficile ; mais le capitaine leur avait promis une visite dans la soirée : il vint, accompagné par son intéressant et triste ami. Ils étaient loin de s’y attendre, ayant tous remarqué qu’il avait l’air oppressé et mal à son aise avec des étrangers. Sans doute c’était sa manière habituelle, qui ne l’empêchait pas de faire une visite aux amis de son cher Wentworth ; mais passé les premiers complimens, il retomba dans sa sombre mélancolie, et ne prit aucune part à la gaîté générale.

Le capitaine Wentworth et Harville causaient ensemble, en se rappelant l’un à l’autre mille anecdotes de leur vie maritime, qui oc-