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ses romans, au moins dans ceux que je connais ; c’est celle d’une jeune personne nourrissant au fond de son cœur une inclination secrète sans savoir, ainsi que le lecteur, si elle est partagée ; ce n’est presque qu’au dénouement qu’on en est instruit : il en résulte que miss Austen a su éviter les scènes d’amour, si souvent répétées et si fastidieuses. L’amour, ce premier mobile des romans, est presque toujours voilé dans les siens, et quand le lecteur le devine, l’intérêt augmente, et devient même assez vif sans qu’on rencontre d’autres événemens que ceux de la vie la plus ordinaire. Il est possible que les lecteurs qui aiment à être violemment émus trouvent cet intérêt trop faible, trop resserré dans des scènes de famille tracées avec tant de naturel, qu’on croit en avoir été le témoin, et qu’elles perdent peut-être par cela même l’attrait de la nouveauté ; mais il en existe un autre qu’on ne peut définir, qui tient sans doute à ce naturel, à cette vérité, à des nuances délicates presque imperceptibles qui partent du fond du cœur, et dont miss Jane Austen avait le secret plus qu’aucun autre romancier. Sa mort prématurée est donc une grande perte, non-seulement pour ses amis, mais pour tout le monde. En mon particulier, je regrette de n’avoir plus à traduire