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qui ne touche pas directement intéresse peu, et ce qui vous contrarie vous paraît la seule chose importante et pénible. » Alice bénit intérieurement le ciel de posséder au moins dans lady Russel une véritable amie, qui comprenait et partageait ses regrets, et se promit bien de n’en plus parler aux Musgrove : leur sensibilité pour les affaires qui leur étaient étrangères était nulle, ou du moins très-bornée ; garder ou détruire leur gibier, avoir soin de leurs chevaux et de leurs chiens, parcourir les papiers publics, s’étendre sur un sopha ou dans un fauteuil, regarder par la fenêtre si le temps serait bon ou mauvais pour la chasse, bien déjeûner, bien dîner, telle était l’existence des MM. Musgrove ; celle des dames consistait, pour la mère, aux soins du ménage, et à faire des visites chez ses voisins ; pour les jeunes personnes, dans la toilette, la promenade, la danse, la musique et le babil. Alice, livrée à elle-même, savait mieux employer son temps ; mais elle savait aussi que chacun a ses goûts, ses occupations, ses sujets de conversation dont il n’aime pas à s’écarter ; et pour un ou deux mois qu’elle devait passer à Uppercross, elle ne crut pas qu’il valût la peine de les contrarier : elle résolut de se prêter plutôt