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Après avoir deviné le mot de l’énigme, Emma passa le papier à Harriet et tandis que celle-ci s’efforçait de comprendre elle se disait : « Très bien ! M. Elton : j’ai lu de plus mauvaises charades. L’idée est bonne ; vous cherchez à reconnaître votre route. Le « doux regard ! » C’est précisément l’épithète qui convient à celui d’Harriet, on ne pouvait mieux choisir. Quant à la subtilité, il faut qu’un homme soit bien amoureux pour se permettre une pareille licence poétique ! Ah ! M. Knightley, voici, je pense, une preuve convaincante ! Pour une fois dans votre vie, vous serez forcé de reconnaître que vous vous êtes trompé. La situation est évidemment sur le point de se dénouer !

Elle fut forcée d’interrompre ces agréables réflexions pour donner quelques éclaircissements à Harriet :

— Voilà un compliment bien tourné, n’est-il pas vrai ? J’espère que vous n’avez pas eu de peine à comprendre le sens des deux dernières lignes. Il n’y a pas de doute, elle vous sont adressées. Au lieu de : « pour Mlle … », lisez : pour Mlle Smith. »

Harriet ne put résister plus longtemps à une si délicieuse révélation. Elle relut « l’envoi » et apprécia son bonheur. Emma développa son commentaire :

— Je ne puis douter plus longtemps des intentions de M. Elton. C’est à vous que vont ses pensées et vous en aurez bientôt la preuve évidente. Je pensais bien ne m’être pas trompée ; il se propose précisément de réaliser mon plus cher désir. Je suis très heureuse, je vous félicite, ma chère Harriet, de tout mon cœur. C’est un attachement que toute femme serait fière d’inspirer, une alliance qui n’offre que des avantages ; elle vous apportera tout ce que vous avez besoin : considération, indépendance, une maison agréable ; vous serez fixée au milieu même de vos amis, tout près d’Hartfield ; voici notre intimité scellée pour toujours !

« Chère mademoiselle Woodhouse ! » fut d’abord la seule parole qu’Harriet put trouver à