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— Mon cher Monsieur, ne me considérez pas comme un étranger ; je vous en prie.

— Ma fille me remplacera avantageusement ; elle se fera un plaisir de vous tenir compagnie. Dans ces conditions je prendrai la liberté d’aller faire ma promenade quotidienne.

— Rien de plus opportun, Monsieur.

— Je vous demanderais bien de me faire le plaisir de m’accompagner, Monsieur Knightley, mais je marche si lentement que ce serait un ennui pour vous ; du reste vous avez encore une longue route à faire pour rentrer à Donwell Abbey.

— Merci, Monsieur, merci ; je m’en vais moi-même dans quelques instants, mais je crois qu’il serait préférable que vous ne perdiez pas de temps. Je vais aller chercher votre paletot et vous ouvrir la porte du jardin.

Finalement M. Woodhouse s’éloigna, mais M. Knightley, au lieu d’en faire autant, s’assit aussitôt, tout disposé à causer. Après un court préambule il se mit, contre son habitude, à faire l’éloge d’Harriet :

— Je n’ai pas une si haute opinion que vous de sa beauté, mais je reconnais que c’est une jolie petite créature ; elle a je crois un bon caractère ; c’est une nature malléable : bien dirigée elle peut devenir une femme de mérite.

— Je suis heureuse de vous entendre parler ainsi et j’espère bien qu’elle ne manquera pas de bonnes influences.

— Allons, je vois que vous attendez un compliment ; je vous dirai donc que vous l’avez améliorée ; ce n’est plus l’écolière qu’elle était ; elle vous fait honneur.

— Je vous remercie. Je serais humiliée, en effet, si je ne croyais pas lui avoir été de quelque utilité ; et je vous suis d’autant plus obligée de votre observation que vous n’êtes pas d’habitude prodigue de louanges.

— Ne m’avez-vous pas dit que vous l’attendiez ce matin ?

— D’un moment à l’autre ; je suis même étonnée qu’elle ne soit pas ici.