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LIV


Emma conservait malgré tout une légère anxiété concernant la possibilité pour Henriette d’envisager un autre mariage sans arrière-pensée ; mais son incertitude ne fut pas de longue durée. Les John Knightley et Henriette arrivèrent à Hartfield. Dès qu’elle put trouver l’occasion de rester une heure en tête-à-tête avec son amie, elle put se rendre compte que Robert Martin avait réellement supplanté M. Knightley et que la jeune fille plaçait désormais de ce côté tout son espoir de bonheur.

Au début, Henriette était un peu gênée ; mais, lorsqu’elle eut reconnu avoir été présomptueuse et s’être imaginé des attentions qui n’existaient pas, sa confusion se dissipa et elle parut avoir oublié le passé pour se consacrer au présent et à l’avenir. Emma avait eu soin d’accueillir Henriette avec les plus chaudes félicitations afin de dissiper toute crainte relative à son approbation : celle-ci fut en conséquence très heureuse de donner tous les détails touchant leur soirée à Astley et le dîner du lendemain ; elle s’étendait sur ce sujet avec la plus évidente complaisance. Cette transformation rapide plongeait Emma dans l’étonnement ; il fallait admettre pour l’expliquer qu’Henriette avait toujours conservé du goût pour Robert Martin.

Le mystère de la parenté d’Henriette fut dévoilé : elle était la fille d’un commerçant assez riche pour avoir pu lui assurer la pension relativement importante dont elle disposait, et assez respectueux des usages et de la morale pour avoir désiré éviter un scandale. Aucune objection au mariage ne fut soulevée du côté du père ; il se montra généreux dans cette circonstance, comme il l’avait toujours été.

Quand Emma eut fait la connaissance de Robert Martin, elle se rendit compte que le bon sens et la rectitude de jugement du jeune homme étaient précisément les qualités propres à assurer le bonheur de son amie ; celle-ci