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vous faire de vive voix mes vœux de bonheur.

Il exprima sa reconnaissance et continua de parler sur un ton de sincérité émue :

— N’a-t-elle pas bonne mine ? dit-il en regardant Jane. Vous voyez comme mon père et Mme Weston l’entourent d’affection.

Mais sa nature eut vite repris le dessus et, les yeux rieurs, après avoir fait allusion au retour des Campbell, il prononça le nom de Dixon. Emma rougit et lui interdit de jamais prononcer ce nom en sa présence elle ajouta :

— Je ne puis évoquer ce souvenir sans honte.

— La honte devrait être toute de mon côté. Mais est-il possible que tous n’ayez jamais eu aucun soupçon, du moins sur la fin ?

— Je n’en avais pas le moindre, je vous assure.

— C’est extraordinaire. J’ai été une fois sur le point… Je regrette de n’avoir pas suivi mon inspiration. J’aurais mieux fait de manquer de discrétion et de tout vous raconter.

— N’y pensez plus !

— Quand les Campbell seront de retour, nous irons à Londres et nous y resterons, je pense, jusqu’au moment où nous pourrons l’emmener à Enscombe ; mais actuellement je suis condamné à une cruelle séparation. Nous ne nous étions pas revus depuis le jour de la réconciliation. N’avez-vous pas compassion de moi ?

Emma exprima sa sympathie très sincèrement et il reprit soudain à mi-voix :

— À propos, j’espère que M. Knightley va bien ?

Elle rougit et se mit à sourire.

— Permettez-moi à mon tour, continua-t-il, de vous présenter mes félicitations. J’ai appris cette nouvelle, croyez-le bien, avec le plus vif intérêt et la plus grande satisfaction. C’est un homme qu’il ne m’appartient pas de louer !

(À suivre.)