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accompagner toute la famille au cirque où l’on menait les garçons. Mon ami Robert Martin ne put pas résister à la tentation et il accepta. La partie fut extrêmement gaie. Mon frère lui demanda de venir dîner le lendemain et pendant la soirée Robert Martin trouva l’occasion de parler à Henriette : ce ne fut pas en vain. Elle l’a rendu, en l’agréant, aussi heureux qu’il mérite de l’être. Il est revenu hier, et ce matin, avant le déjeuner, il était chez moi pour me rendre compte de sa mission, et me faire part de son bonheur. C’est tout ce que je puis vous dire. Votre amie Henriette vous fera un récit beaucoup plus long ; elle entrera dans tous les petits détails que la femme seule sait rendre intéressants. Toutefois, je puis ajouter que Robert Martin paraissait très ému.

Emma n’essaya pas de répondre, elle était sûre qu’elle ne pourrait s’empêcher de manifester une joie anormale et il la croirait folle. Son silence étonna M. Knightley, et, après l’avoir observée quelques instants, il reprit :

— Emma, ma chérie, je crains que vous ne soyiez plus contrariée que vous ne voulez l’avouer. Je le reconnais, sa situation est un inconvénient ; mais si votre amie est satisfaite, c’est l’important, et je me porte garant que vous estimerez le jeune homme de plus en plus à mesure que vous le connaîtrez ; son bon sens et ses excellents principes vous satisferont pleinement. Vous ne pourriez désirer votre amie dans de meilleures mains. Si je le pouvais, je changerais le rang social de son prétendant. C’est beaucoup dire, je vous assure, car je tiens énormément à garder Robert Martin à Abbey Mill !

Il s’efforçait de la faire sourire et, se sentant maintenant maîtresse d’elle-même, Emma leva la tête et reprit gaiement :

— Ne vous donnez pas la peine d’essayer de me réconcilier avec ce mariage. Je trouve qu’Henriette fait extrêmement bien. Sa pa-