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house, j’ai conscience d’avoir gravement manqué à mes devoirs et c’est pour moi une grande consolation de savoir que ceux de mes amis dont la bonne opinion m’est particulièrement précieuse, ne sont pas dégoûtés au point… Je n’ai pas le temps de vous exprimer tout ce que je ressens : j’ai hâte de faire des excuses, de donner des explications. Je sens combien cela est nécessaire. Mais hélas !.. si votre compassion ne vous inspire pas des sentiments d’indulgence…..

— Oh ! Vous êtes vraiment trop scrupuleuse reprit Emma avec chaleur, en lui prenant la main. Vous ne me devez aucune excuse ; et ceux à qui on pourrait supposer le droit de demander des explications sont si satisfaits, si enchantés même…..

— Vous êtes bien bonne, mais je sais ce que mes manières ont été pour vous : si froides et artificielles ! J’avais toujours un rôle à jouer. Vous avez dû me prendre en horreur.

— Je vous en prie, n’en parlez plus. C’est à moi de vous faire des excuses. Pardonnons-nous mutuellement. Nous rattraperons, j’espère le temps perdu. Avez-vous de bonnes nouvelles de Windsor ?

— Très bonnes.

— Nous apprendrons bientôt, je suppose, que nous devons vous perdre… précisément au moment où je commence à vous connaître.

— Il n’est, bien entendu, question de rien pour le moment. Je resterai ici tant que le colonel et Mme Campbell ne me rappelleront pas.

— Aucune décision ne peut être actuellement prise, j’en conviens, mais, reprit Emma en souriant, permettez-moi de vous dire que vous devez avoir des projets.

Jane sourit à son tour et répondit :

— C’est vrai. Voici (je sais que je peux me confier à vous) : il est décidé que nous habiterons avec M. Churchill, à Enscombe. Il doit y avoir trois mois de grand deuil et, après ce délai, la date sera officiellement fixée.