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les meilleures conditions, et Henriette arriva saine et sauve à Brunswick square.

Cette question réglée, Emma put jouir, sans arrière pensée, des visites de M. Knightley. Délivrée de la préoccupation que lui causait le grave désappointement d’Henriette, elle s’abandonna tout entière à son bonheur et ne voulut permettre à aucune autre raison d’anxiété de remplacer immédiatement dans son esprit celle qui venait de se dissiper. Il lui restait encore, en effet, une autre communication en perspective : il faudrait bientôt faire à M. Woodhouse l’aveu de ses fiançailles. Elle résolut d’attendre pour cette confession que Mme Weston eut accouché afin de ne pas ajouter aux actuelles préoccupations de son père : c’était en conséquence au moins une quinzaine de loisir et de paix.

Mettant à profit ses vacances spirituelles, elle se prépara à remplir un agréable devoir en allant faire une visite à Mlle Fairfax. La similitude de leur situation respective augmentait encore les dispositions bienveillantes d’Emma. Pendant la maladie de Mlle Fairfax, elle s’était arrêtée en voiture à la porte des Bates, mais elle n’avait pas franchi le seuil de la maison depuis le lendemain de l’excursion de Box Hill ; ce jour-là, l’évidente détresse de la jeune fille qui s’enfuyait avait éveillé sa compassion, bien qu’elle ne soupçonnât pas alors l’acuité de cette souffrance. Dans la crainte de ne pas être cette fois encore la bienvenue, elle attendit en bas pendant que la domestique l’annonçait : elle entendit la réponse immédiate : « Priez-la de monter » et un instant après elle fut rejointe dans l’escalier par Jane en personne, s’avançant à sa rencontre pour bien marquer tout le plaisir que lui causait cette visite. Emma fut frappée du changement survenu dans l’apparence de la jeune fille : sa beauté se trouvait rehaussée par l’éclat de la santé, ses manières avaient acquis précisément ce qui leur manquaient : la chaleur, l’animation, l’aisance. Jane Fairfax lui tendit la main et lui dit à voix basse, d’un ton ému :

— Combien vous êtes aimable ! En vérité, Mademoiselle Woodhouse, il m’est impossible