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frapper avait adouci son orgueil et, sans grande peine, j’arrivai à faire agréer mon projet ; finalement le pauvre homme, avec un profond soupir, me souhaita de trouver dans l’état de mariage un bonheur semblable au sien ! Êtes-vous disposée à me plaindre dans l’affreuse inquiétude endurée par moi avant d’avoir gagné ma cause ? Pourtant je n’ai été véritablement malheureux qu’au moment où j’ai eu la révélation de l’état de santé de Mlle Fairfax : j’ai pu juger alors, à son visage, de la gravité des souffrances que je lui avais infligées. Je suis arrivé à Highbury à une heure où je pensais avoir bien de chances de la trouver seule : je ne fus pas désappointé ; après une longue lutte, j’obtins gain de cause ; j’eus beaucoup de peine à dissiper ses justes préventions, mais c’est chose faite, nous sommes réconciliés et désormais, aucun malentendu ne pourra plus exister entre nous. Maintenant, ma chère Madame, je vous prie de m’excuser d’avoir abusé de votre patience. Croyez à ma sincère reconnaissance pour toutes les bontés passées et permettez-moi de vous remercier par anticipation des attentions que votre cœur vous suggérera à l’égard de Mlle Fairfax. Vous jugerez sans doute que mon bonheur surpasse mon mérite : c’est aussi tout à fait mon opinion. Mlle Woodhouse m’appelle l’enfant chéri de la Fortune. J’espère qu’elle ne se trompe pas. Sur un point mon bonheur est indiscutable, c’est d’être à même de me dire :

» Votre fils affectionné et reconnaissant,

F.C.W.C. »
(À suivre.)