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dans quel état d’émotion et d’agitation je me trouvais ; je ne me sens guère mieux encore : je suis tour à tour le plus heureux et le plus malheureux des hommes : quand je pense à votre bonté et à celle de mon père, à la générosité de mon oncle, je suis fou de joie ; mais quand je me rappelle tout le tourment que j’ai causé à Mlle Fairfax, je me sens en fureur contre moi-même. Si seulement je pouvais la revoir, lui parler ! Mais ce n’est pas possible encore ; mon oncle a été trop excellent pour que je songe à lui présenter une nouvelle requête. Il m’a été impossible hier de vous donner aucune explication suivie ; mais la soudaineté et, à un certain point de vue, l’inopportunité de cette révélation nécessite un commentaire : la mort de ma tante faisait, je le savais, disparaître le plus grave obstacle à mon bonheur ; toutefois je n’aurais jamais songé à une solution aussi prématurée si de très particulières circonstances ne m’avaient contraint à agir sur l’heure ; Mlle Fairfax, de son côté, eût certainement ressenti tous mes scrupules avec plus de force encore, mais je n’avais pas le choix. La brusque résolution qu’elle avait prise à l’instigation de cette femme… À cet endroit, ma chère Madame, j’ai été obligé de m’interrompre afin de retrouver mon calme. Je viens de faire une longue promenade dans la campagne et je suis maintenant, je l’espère en état de continuer ma lettre sur un ton convenable. Ce souvenir est pour moi en effet, particulièrement pénible. Je reprends mon exposition. Mlle Fairfax ne pouvait admettre que, sous prétexte de dissimuler