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jourd’hui de mettre le colonel Campbell au courant. »

— Pauvre fille, répéta Emma ; elle l’aime beaucoup, je suppose ; son amour avait paralysé son jugement.

— Oui, je ne doute pas qu’elle soit extrêmement éprise.

— Je crains, dit Emma en soupirant, d’avoir souvent contribué à la rendre malheureuse.

— Vous agissiez, ma chérie, en toute innocence ; mais il est probable qu’elle pensait à cette circonstance quand elle a fait allusion au malentendu dont il nous avait déjà parlé de son côté. « Une des conséquences naturelles de l’erreur dans laquelle je m’étais fourvoyée, a-t-elle ajouté, fut de me rendre déraisonnable ; consciente d’avoir mal agi, je vivais dans une perpétuelle inquiétude ; j’étais devenue capricieuse et irritable à un point qui a dû être, pour lui, pénible à supporter. Je ne tenais pas compte, ainsi que j’aurais dû le faire, de son caractère et de son heureuse vivacité, de cette gaîté, de cette disposition enjouée qui dans d’autres circonstances m’eussent enchantée, comme elle m’avait enchantée au début ». Elle a ensuite parlé de vous et de la grande bonté que vous lui ayez témoignée pendant sa maladie ; et en rougissant, elle m’a priée de vous remercier à la première occasion : elle sent bien qu’elle n’a jamais reconnu, comme il convenait, les bons procédés dont vous avez usé envers elle.

— Ah ! Madame Weston, s’il fallait faire le compte du mal et du bien… Allons, allons, il faut tout oublier. Je vous remercie de m’avoir apporté ces intéressants détails. Jane Fairfax apparait sous un jour tout à fait favorable ; elle sera, j’espère, très heureuse. La fortune est, fort à propos, du côté du jeune homme, car je crois que le mérite sera du côté de la jeune fille.

Une telle conclusion ne pouvait pas rester sans réponse du côté de Mme Weston : celle-ci avait fort bonne opinion de Frank à tous les points de vue et, de plus, elle l’aimait beaucoup. Elle prit donc sa défense avec sincérité, mais elle ne put réussir à conserver l’attention d’Emma. La pensée de celle-ci était à Bruns-