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— Pouvez-vous venir à Randalls, aujourd’hui ? Mme Weston désire beaucoup vous voir.

— Est-elle malade ?

— Non, non, pas du tout, seulement un peu agitée. Elle serait venue vous trouver en personne, mais elle a besoin de vous voir seule.

— J’irai à l’instant, si vous le désirez ? Qu’est-il arrivé ?

— Ne m’interrogez pas, je vous prie ; vous saurez tout au moment voulu ; il s’agit d’une révélation des plus importantes. Mais chut, chut !…

La sagacité d’Emma se trouvait tout à fait en défaut. La manière de M. Weston indiquait qu’il s’agissait d’une affaire importante, mais comme d’autre part la santé de son amie n’était pas en jeu, elle résolut de ne pas se tourmenter ; elle dit à son père qu’elle sortait faire sa promenade, et accompagnée de M. Weston, prit le chemin de Randalls.

— Maintenant, dit Emma, une fois qu’ils eurent dépassé la grille d’entrée, maintenant Monsieur Weston, mettez-moi au courant.

— Non, non, reprit-il, ne me demandez pas de manquer à ma parole : j’ai promis à Anne de ne rien dire. Elle saura mieux que moi vous préparer à entendre cette nouvelle. Ne soyez pas impatiente, Emma : vous ne connaîtrez la vérité que trop tôt !

— Me préparer à entendre une nouvelle ! dit Emma, s’arrêtant terrifiée, grand Dieu ! Monsieur Weston, il est arrivé un malheur à Brunswick square ! Parlez à l’instant même.

— Je puis vous assurer que vous vous trompez tout à fait.

— Monsieur Weston ne jouez pas avec moi. Je vous conjure sur ce que vous avez de plus sacré au monde, de ne rien me cacher.

— Sur ma parole ! Emma…

— Pourquoi pas, sur votre honneur ? Une nouvelle qui ne peut m’être annoncée sans ménagements, doit forcément avoir rapport à un membre de ma famille.

— Sur mon honneur, reprit-il d’une voix grave, rien de tout ceci ne concerne de près ou de loin aucun être humain portant le nom de Knightley.

(À suivre.)