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et gai ; il ne dissimulait pas son désir de plaire à Emma et celle-ci de son côté, contente d’être distraite, l’encourageait contre son habitude : elle n’attachait du reste maintenant aucune importance à l’attitude du jeune homme, qu’elle considérait simplement comme un ami. Pour les autres néanmoins il y avait toutes les apparences d’un flirt.

— Combien je vous suis obligé, dit-il, de m’avoir conseillé de rester ; sans votre intervention je me serais privé du plaisir de cette journée ; j’étais tout à fait décidé à partir.

— Oui, vous étiez de très méchante humeur et je ne sais trop pourquoi : peut-être ressentiez-vous du dépit de n’avoir pu goûter les plus belles fraises ! Je me suis montrée meilleure amie que vous ne le méritiez.

— Vous vous trompez : j’étais seulement fatigué ; la chaleur m’avait accablé.

— Il fait plus chaud aujourd’hui.

— Ce n’est pas mon avis ; je me sens tout à fait à mon aise.

— Vous vous sentez bien parce que vous avez repris possession de vous-même : hier, pour une raison ou pour une autre, vous n’étiez plus maître de vous ; comme je ne puis pas toujours être là pour vous diriger, vous ferez bien dorénavant d’assumer seul la responsabilité de vos actes.

— J’aurai de toute façon un motif pour agir : que vous soyez présente ou non, votre influence existe toujours.

— Elle ne date en tout cas que d’hier trois heures : s’il en eût été autrement, vous n’auriez pas été si désagréable !

— Hier trois heures ! C’est votre date. Je croyais vous avoir rencontrée en février ?

— Nous sommes seuls à parler, reprit Emma en baissant la voix, et il est véritablement inutile de dire des bêtises pour le divertissement général.

— Nos compagnons, répondit-il sur le même ton, sont excessivement stupides. Que ferons-nous pour les réveiller ? Voici : Mesdames et Messieurs, par ordre de Mlle Woodhouse qui, partout où elle se trouve, préside, je suis chargé de vous demander ce à quoi vous pensez ?

(À suivre.)